Guy Roux
Le Grand Duc de Bourgogne (photo Sofoot)

Il est loin, désormais, le temps de l’AJA de Guy Roux, des soirées Ligue des Champions à l’Abbé Deschamps, de la folie offensive des Cissé, Akalé, Kapo et compagnie. Aujourd’hui, les bourguignons sont enlisés dans les profondeurs de la Ligue 2, depuis plus de cinq ans. Entre une gestion calamiteuse et certains choix hasardeux, le club veut reconquérir son public et redorer le blason de l’AJA, comme à l’époque. Le retour d’un club historique? Oui mais comment?

Lors de la saison 2010-2011, l’AJ Auxerre fêtait sa 31ème saison consécutive en Ligue 1 et affrontait le grand Real Madrid, l’Ajax Amsterdam et le Milan AC en Ligue des Champions, le tout dans un stade de l’Abbé Deschamps conquit et ravi. En 2003-2004, le club bourguignon possédait un effectif alléchant, qui régalait à chaque sortie avec une belle 4ème place en fin de saison. Les noms de Djibril Cissé, Yann Lachuer, Olivier Kapo, Bonaventure Kalou, Teemu Tainio ou encore Philippe Mexès, Jean-Alain Boumsong et l’infatigable Fabien Cool étaient floqués sur les maillots moulants Kappa. Cette équipe semble bien loin à présent… Si on remonte encore plus loin, on peut même parler, avec une nostalgie certaine, de l’époque des années 90, avec une AJA irrésistible et talentueuse. En championnat, comme en coupe d’Europe, les jolis parcours s’enchaînent… 1993, demi-finale de la Coupe de l’UEFA face à Dortmund, avec une élimination difficile à encaisser après une belle remontée au match retour. En 1994, Auxerre remporte la coupe de France aux dépends du MHSC de Gérard Gili (entraîneur) et Michel Der Zakarian (capitaine), 3-0, avec des buts signés Saïb, Baticle et Martins… Un an plus tard, c’est un quart de finale de coupe des coupes perdu face à Arsenal. En 1996, l’équipe bourguignonne réalise une grande saison avec deux titres sur le plan national: une coupe de France, à nouveau, remportée face au Nîmes Olympique (où évoluait le jeune Cyril Jeunechamp notamment) et un titre de champion de France de Division 1, devant le Paris SG, avec la doublette magique Corentin Martins – Lilian Laslandes. Nous pouvons parler également du parcours en Ligue des Champions de 1997 ou l’équipe s’est inclinée en quarts de C1 face à Dortmund ou encore les victoires en Intertoto (1997) et les deux autres coupe de France (2003 et 2005).

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L’AJA a su, au fil du temps, créer sa propre et belle histoire, avec de sacrées générations, talentueuses et rigoureuses. Une époque formidable qui semble n’être qu’un lointain souvenir dans la tête des supporters. Le club essaye de jouer les troubles fêtes en Ligue 2, mais en vain. Il faut un nouvel élan, un changement de cap, des idées et un projet rafraîchissant et ambitieux. Et ça tombe bien, puisque c’est ce qu’ambitionne un certain James Zhou, propriétaire récent du club. L’homme d’affaire chinois, propriétaire d’ORG Packaging veut redorer le blason du club et remettre l’AJA à « sa place », en Ligue 1, avant de retrouver l’Europe… Cela peut sembler ambitieux, mais il tient tout de même à préciser sa démarche (L’équipe):

Historiquement, Auxerre a obtenu de très bons résultats. Les deux dernières saisons, ils ont été très mauvais (8e puis 17e de Ligue 2). Pour l’instant, l’objectif est de rétablir la confiance de tout le monde : les joueurs, l’entraîneur, les supporters. J’espère qu’Auxerre va retrouver la Ligue 1 et la Coupe d’Europe. Mais, pour y parvenir, il faut de la patience. L’objectif est de refaire briller cette équipe. Il y a l’aspect football et l’aspect économique. Premièrement, le plus important est de trouver le lien entre le système de formation français et la Chine, notamment avec le centre de formation, pour développer les compétences des jeunes Chinois. Ils viendront en France pour s’entraîner à Auxerre et on créera un centre de formation du nom d’Auxerre en Chine, avec le savoir-faire auxerrois. Dès leur plus jeune âge, les Chinois doivent être confrontés au foot français.

James Zhou souhaite également se référer et s’identifier à l’histoire du club. Les dernières orientations de l’AJA avant son arrivée pouvaient laisser penser le contraire… Après ces quelques années de navigation sans GPS, les supporters peuvent donc se permettre de croire au renouveau de leur club, en se basant sur un projet fiable et bien pensé. Mais il faudra être patient selon Julien, fidèle supporter de l’AJA depuis 27 ans:

« James Zhou semble proposer les bons axes stratégiques pour redresser le club, en voulant le professionnaliser, avec Cédric Daury en directeur sportif et Francis Graille à la présidence. C’est en bonne voie, mais il reste beaucoup à faire, notamment dans le réseau de détection/recrutement. En valorisant la formation car l’AJA possède un centre de formation dont les coûts dépassent largement les standards de la Ligue 2. Il y a nécessité de rentabiliser les investissements consentis (par le précédent actionnaire notamment), par le biais de partenariats (Chine) et la mise en valeur des jeunes talents du club en équipe première. C’est un engagement sur le long terme, et il faudra attendre pour récolter les fruits de cette politique. Mais aussi, faire remonter le club rapidement en Ligue 1 car le projet de Zhou est taillé pour ce championnat.  Le recrutement réalisé cette année, un peu en trompe l’œil, a surtout consisté à conserver les éléments arrivés l’hiver dernier, qui ont aidé l’AJA à se maintenir in extremis. Il y a eu relativement peu d’améliorations qualitatives de l’effectif, et il faudra certainement attendre la saison prochaine pour espérer voir l’AJA jouer véritablement le haut du tableau. En tous cas, le travail réalisé jusqu’à présent va dans le bon sens. »

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James Zhou en compagnie de l’indéboulonnable Guy Roux.

Pour Fabien, autre supporter du club bourguignon, c’est un peu plus flou, et il préfère doser plutôt que s’enflammer, même s’il reconnaît que James Zhou et son argent sont nécessaires pour que l’AJA puisse redécoller dans sa politique sportive:

Je dirai qu’en fait, le projet est assez flou, même si le mec a l’air fiable pour l’instant : il vient parfois à Auxerre, il s’exprime sur Auxerre, il tient ses promesses d’investissement (et fait même des avances)… Mais, au final, on se dit juste que c’est soit trop ambitieux (il parle déjà de Ligue des Champions) soit que ça ne concerne pas le niveau professionnel (il veut développer la formation chinoise via le centre de formation de l’AJA). Après, c’est forcément compliqué pour nous supporters de l’AJA de le rejeter avant même de lui avoir une chance sur le moyen terme. On sait bien que sans lui (= sans son argent), on serait aujourd’hui en National (au mieux !)… Je pense que les supporters ont beaucoup apprécié le fait que, après avoir laissé sa chance au Président en place à son arrivée (Guy Cotret), il l’ait finalement viré en fin de saison. C’était nécessaire. En plus de l’argent investi donc, la première décision forte de notre propriétaire chinois est très populaire !

Ce que l’on peut noter, c’est que le problème ne se situe pas qu’au niveau sportif et de l’équipe première au sein du club, mais également chez les dirigeants et dans la politique menée jusqu’à présent depuis de trop nombreuses années. L’organigramme administratif et sportif a besoin de stabilité selon Fabien, notamment dans les choix de recrutement et de « sa cohérence (mauvaises priorités de postes, de profils,…) et son coût (de gros salaires pour des joueurs n’en valant pas le coup). Avant, on reportait souvent le problème de recrutement sur le manque de budget. Pourtant, je pense que ce problème de cohérence et d’intelligence dans l’utilisation du budget existait depuis au moins aussi longtemps que nos problèmes d’argent… Et il existe encore cette saison ».

Nous sommes donc loin de retrouver une équipe auxerroise aussi talentueuse et autoritaire que celle du début des années 2000 mais le club a donc décidé de passer la vitesse supérieure avec un nouveau projet sportif poussé par l’argent d’un chinois débarqué dans l’Yonne. Tout cela peut paraître étrange, sans lendemain et un peu présomptueux, mais pourquoi pas, après tout? On nem ou on nem pas… mais laissons le temps au temps… Allez Zhou, au boulot James.

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Djibril Cissé, sérial buteur du début des années 2000.

Piazzo, nostalgique de Yann Lachuer et Johann Radet,

Merci à Julien (@emmeuci) et Fabien (@FabienF_FS) pour leur témoignage.

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