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J’imagine que certains d’entre vous ont déjà lu bons nombres d’articles, où même de bouquins, à propos de Marcelo Bielsa. Il faut dire que le natif de Rosario suscite l’intérêt des observateurs, des puristes et des passionnés de football. El Loco déchaîne les foules, et ses méthodes sont scrutées, analysées, critiquées… Les détracteurs de l’argentin s’en donnent à coeur joie, tandis que ses admirateurs parlent d’un honnête homme, avec de vraies valeurs, de grands principes et une vision du football inégalable. Certainement l’entraîneur le plus controversé de la planète foot…

Les débats peuvent durer des heures, mais force est de constater que ce monsieur est loin d’être un imposteur, en témoigne, malgré les dires de certains, son palmarès relativement fourni: 3 championnats argentins, 1 médaille d’or aux Jeux Olympiques d’Athènes en 2004, finaliste de grandes compétitions comme la Copa Libertadores (1992, Newell’s), la Copa America (2004, Argentine), la coupe d’Espagne et la Ligue Europa (2012, Bilbao), ainsi que quelques distinctions individuelles. Mais tout cela n’est pas le principal pour l’ancien sélectionneur chilien, qui voit bien plus loin que le simple résultat sur un bout de papier… Ces détracteurs semble vouloir juger bien vite celui « qui ne gagne jamais rien » en insistant sur ce qui représente pour Bielsa une « exception ». Car oui, pour l’argentin, le succès est une exception. Lui préfère se concentrer sur les moyens mis en place pour progresser, chercher à corriger les erreurs et façonner son équipe pour qu’elle puisse répondre parfaitement à ses principes de jeu. Ensuite, si tout fonctionne, le résultat viendra naturellement. Selon El Loco, il faut bien distinguer ce qui « est formateur, et secondaire »: « Bien entendu, je me dédie au sport de compétition pour gagner, et je travaille ce que je travaille car je veux gagner, mais si je ne distinguais pas ce qui est réellement formateur et ce qui est secondaire, je serais dans l’erreur. Dans n’importe quel domaine, on peut gagner ou perdre, mais l’important est la noblesse des recours utilisés, l’important est le cheminement, la dignité avec laquelle j’ai parcouru ce sentier dans la recherche de mon objectif ». Et c’est valable pour tout le monde, dans la vie de tous les jours. Deux écoles comme dirait l’autre, et vous avez certainement fait votre choix. Nous sommes, dans ce cas, bien plus loin que dans le football. Bielsa divise le monde, les idées et nos objectifs. Et tant mieux.

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La base des principes de l’argentin est simple: il faut attaquer! Etre obsédé par l’attaque, car pour lui « le football offensif est infini, et c’est pour ça qu’il est plus facile de défendre que de créer! » Avoir le ballon un maximum de temps, pour chercher à déséquilibrer l’adversaire. Dès la perte, Bielsa avoue qu’il utilise « cinq ou six directives et ciao. Mon travail défensif se résume en une phrase: nous courons tous! » D’où ce fameux pressing et cette agressivité dans la recherche de récupération du ballon. Les idées et les intentions de l’argentin sont claires et connues de tous. Il ne veut pas et ne cherche pas à s’adapter. Et c’est certainement la limite de sa méthode, surtout dans le foot actuel.
L’ouvrage de Romain Laplanche « Le mystère Bielsa » revient notamment sur les principes tactiques de Bielsa avec ses axes de travail et ce vers quoi il tend offensivement. C’est très intéressant et on cerne de suite le personnage. L’intervention de Florent Toniutti (Les Chroniques Tactiques) nous permet également de comprendre l’approche du travail de Bielsa. Un style bien défini et qui, sur le papier, semble promettre du spectacle et du romantisme absolu. Le football, c’est l’émotion, le courage, l’abnégation. Les équipes de Bielsa sont faites de manière à rendre le match incroyablement savoureux. Cruyff semble comprendre l’intention de Bielsa: « La possibilité d’obtenir un titre est si mince et la capacité d’offrir du spectacle et du plaisir est si grande qu’il est agréable de voir que le Chili a parfaitement compris sa mission » (au moment ou l’argentin dirigeait la Roja). Encore une fois, nous avons deux écoles… Certains pointeront les limites de ce processus, forcément.

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Vous l’avez bien compris, Marcelo Bielsa profite d’une réputation flatteuse auprès du peuple argentin mais aussi des entraîneurs du monde entier. Et c’est peu dire. Pour Guardiola, c’est carrément  » le meilleur entraîneur du monde », rien que ça. Beaucoup s’en inspire, en s’adaptant à leurs équipes. Mais les fondamentaux bielsistes sont omniprésents dans leur esprit. Bielsa en maître, ses élèves en disciples. Mais dans le football d’aujourd’hui, l’argentin est-il trop limité? Je me permet de vous poser la question. Chaque entraîneur a ses convictions, ses principes, mais beaucoup savent s’adapter, ce que semble ne pas faire l’argentin, concentré à 300% sur ses principes de jeu.

Nous avons eu la chance (oui, la chance) en France de l’avoir deux fois, sous deux tuniques différentes, avec deux fins dramatiques, compliquées, dignes d’un scénario de film. Bielsa est certainement compliqué, il souhaite tout diriger, tout chambouler dans le club où il entraîne. Ses méthodes marquent les joueurs et les supporters mais il est souvent apprécié, car son abnégation, son travail et son football donnent émotions et engouement. Mais Bielsa reste un entraîneur énigmatique, poussant chaque recherche dans le moindre détail, épiant chaque match de foot pendant des heures, sans cesse dans l’exploitation de la moindre donnée afin d’améliorer les choses. Son surnom d’El Loco n’est pas anodin, mais reflète un personnage adulé pour son engagement et sa passion. L’exigence est telle que le technicien argentin consacre une grande partie de sa vie au football et à la recherche de la perfection de ses principes.

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Après ces deux passages dans l’hexagone, que va devenir l’entraîneur argentin? Nouveau challenge en club? En Europe? Un retour au pays peut-il être envisagé? Certains parlent même d’un éventuel retour en sélection chilienne, mais serait-ce vraiment une bonne idée? Je n’en suis pas si sur. Il faut parfois savoir partir sur une jolie note en laissant de bons souvenirs. Et Bielsa le sait certainement. Quoiqu’on en dise, El Loco est et restera un technicien hors-pair, reconnu par un grand nombre d’entraîneurs brillants, dont certains se déclarent même être ses disciples. Rares sont ceux qui consacrent tant de temps, d’énergie et de passion à ce métier, à pousser dans les moindres détails pour trouver chaque solution pour chaque problème. C’est peut-être un peu trop parfois, mais cela démontre le caractère et le côté perfectionniste del professor. Espérons, sincèrement, qu’il puisse retrouver un beau projet, et que ses idées perdurent dans ce football moderne peut-être un peu trop dur avec ses méthodes. Nous avons besoin de ce genre de personnage. Vraiment.

Merci à Romain Laplanche et Thomas Goubin pour leurs ouvrages sur El Loco. Un régal de pouvoir lire les déclarations et la vision du football de l’argentin. Les différents témoignages montrent aussi que Bielsa marque les esprits dans chaque endroit où il passe. Je vous conseille sincèrement ces deux beaux ouvrages. On ne voit pas le temps passer quand nous avons les yeux rivés sur ces pages remplies d’anecdotes croustillantes.

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Piazzo,

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