Décembre 2018. En cette fin d’année, l’excellent magazine So Foot décide de sortir un hors-série spécial Argentina. Un numéro bourré d’entretiens plus passionnants les uns que les autres, avec notamment, parmi tant d’autres, Alfredo Di Stéfano, César Luis Menotti, René Houseman, Claudio Caniggia, ou encore le mystérieux Tomas Felipe Carlovich. A l’heure du football moderne, tourné vers la possession et le jeu offensif inculqué notamment par Pep Guardiola ou encore Marcelo Bielsa; un argentin de 46 ans trouve que le football et plus précisément les rôles de chaque poste ont beaucoup trop évolué à son goût. Certains de ses propos peuvent sembler réducteurs, mais pour Roberto Ayala, un arrière doit défendre, un milieu contrôler le ballon et un avant marquer. Bah ouais, c’est simple le foot.

Il est de cette lignée de grands défenseurs du football argentin, véritable roc de l’Albiceleste entre 1994 et 2007, du haut de ses 115 sélections avec le maillot bleu et blanc. « Les gosses veulent marquer des buts, mais moi ça ne m’intéressait pas spécialement ». Celui qui « n’a jamais voulu tester autre chose » que son poste de défenseur central, possède une vision bien à lui du rôle de ce dernier, et refuse de tomber dans le moule de ceux qui pensent qu’un arrière doit savoir relancer soigneusement le ballon et être un joueur technique: « Le Barça a fait beaucoup de mal avec son tiki-taka. En tous cas, il a fait du mal à certains coachs. Qu’ils préfèrent un défenseur qui sait ressortir propre à un autre qui sait gagner un duel, ce n’est pas bon. On fait fausse route. Un défenseur doit d’abord savoir s’identifier en tant que tel. Sa priorité, c’est d’éviter le danger dans sa surface de réparation. Quelque part, l’Argentine est victime de cette nouvelle mode » racontait-il à Aquiles Furlone, periodista* pour el Mundo Deportivo et So Foot donc. L’ancien double champion d’Espagne avec Valence (2002, 2004) nous parle donc d’une mode pour définir la tâche d’un défenseur qui chercherait à élargir sa palette technico-tactique. Lui semble loin de cette évolution et pense au contraire qu’il vaut mieux se concentrer sur sa mission initiale: gagner les duels; passant au passage, selon certains, à un discours vieux jeu… « Trouver de bons défenseurs est devenu une tâche difficile. Des spécialistes du poste, qui transmettent de la sérénité, qui prennent le poids défensif de l’équipe sur leurs épaules, qui dirigent la ligne de quatre, qui donnent de la voix, qui te disent avec un mot ou un geste d’avancer ou reculer, ça n’existe plus ». Il prend aussi en exemple Daniel Passarella, El Kaiser, champion du monde avec l’Argentine en 1978 et 1986, qui était un défenseur doué avec ses pieds techniquement, mais qui « ne perdait pas un duel ». Le genre de joueur qui résume parfaitement sa vision du poste, sans en faire de trop, en étant focalisé sur les compétences qui lui sont demandées afin de bien défendre. Roberto Ayala reprend: « Si je deviens entraîneur un jour, la première chose que je veux, c’est un défenseur qui défende. Après je chercherai des joueurs pour contrôler le ballon. Un central n’a pas besoin d’être Messi pour faire une passe correcte à son numéro 6 ». Au moins, ça a le mérite d’être clair, sinon limiteur.

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Crédit photo: Pinterest.

 

Son passage en Italie lui aura permis d’affirmer cette vision de la discipline et du partage des tâches. Tactiquement, mentalement, et dans l’approche de défendre collectivement, le championnat transalpin était une référence fin des années 90. « Pour eux, c’est aussi sacré que la messe » s’amuse même le natif de Parana. Fort d’un passage au Napoli (1995-1998) et au Milan AC (1998-2000), le rugueux central argentin se verra remettre le titre de meilleur défenseur par l’UEFA en 2001 alors qu’il effectue sa première saison en Espagne, à Valence. En parlant des Murcielagos**, Roberto Ayala semble nostalgique et compare son ancienne équipe à l’Atletico de d’El Cholo Simeone: « Certains aiment, d’autres pas (le style de l’Atletico, ndlr). Cela me rappelle notre FC Valence, qui a également disputé deux finales de Ligue des Champions et a marqué une époque entre 1999 et 2008. Notre point fort, c’était aussi la défense, avec les Pellegrino, Björklund, Djukic, Angloma, Carboni. Des mecs qui en imposaient. Physiquement au top et tactiquement très bien préparés. On était pénible à jouer, on se battait sur tous les ballons. C’est avec cette recette que l’on a gagné des titres et concurrencé le portefeuille du Real Madrid et le travail de formation du Barça. Si je deviens entraîneur, c’est cet ordre, cette identité que je veux voir dans mon équipe ».

Mais attention, El Raton apprécie également le football porté vers l’avant, mais avec une réelle distinction entre les rôles de chacun, bien évidement. Lui qui a été dirigé par un certain Marcelo Bielsa avec la sélection. « J’adore le jeu offensif, mais à condition qu’il ne désordonne pas l’équipe ». Bordel, le genre de gamin avec une chambre nickel, sans aucun doute. « Bielsa a une grande qualité, il peut transformer ses équipes en très peu de temps. Il les prend dans une mauvaise dynamique et les remet rapidement d’équerre. C’est quelqu’un qui sait mettre de l’ordre dans un endroit désordonné ». Décidément, on ne rigole pas avec le ménage.

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Crédit photo: Przeglad Sportowy.

Dans un article paru en 2011 chez So Foot, Roberto Ayala s’est enjôlé d’élire son onze type, et notamment sa base défensive, qui colle parfaitement à la vision du football qu’il prône. Santiago Canizares dans les cages: « Avec un gars comme ça dans ton dos, tu sais que tu peux te permettre de monter tranquillement. Il avait une vraie âme de leader. » Javier Zanetti, André Cruz, Alessandro Costacurta et un certain Paolo Maldini. L’Italie alignée derrière, tout un symbole. L’Inter, le Napoli et le Milan, cet attachement à la rigueur défensive de la Botte. Et devinez qui joue un peu plus haut… Un certain Diego Simeone. Tout sauf une coïncidence, évidement. Retraité depuis 2011, le finaliste de la Ligue des Champions en 2001 avec Valence s’est engagé avec la sélection argentine en janvier dernier pour y devenir conseiller technique du sélectionneur, Luis Scaloni. Avec Walter Samuel, présent également dans ce staff, les défenseurs argentins n’ont qu’à bien se tenir. « Je sais comment sont les argentins: pour eux si tu ne gagnes pas, t’es un bon à rien. » Bah ça tombe bien, l’Albiceleste a besoin de redorer son blason.

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« Allez, petit, prends ce ballon, et essaye de me passer. » Crédit photo: Marca.com

Prochaine étape, la Copa America, qui débute le 14 juin. Vamos.

Roberto Ayala en bref:

245 matchs avec Valence, 96 avec le Napoli, 81 avec Saragosse, et 35 avec le Milan. Pour le nombre de matchs avec River Plate et le Racing, mieux vaut se retourner vers @LucarneOpposee. Côté palmarès, Ayala est champion olympique en 2004 avec l’Argentine, finaliste de la Ligue des Champions en 2001 avec Valence. Vainqueur de la coupe UEFA (2004) et deux fois champion d’Espagne avec le club Che (2002 & 2004). Mais aussi champion d’Italie avec Milan en 1999 et d’Argentine en 1994 avec River.

Piazzo,

*periodista veut dire journaliste en espagnol. **Los murcielagos, ce sont les chauves-souris, surnom des joueurs du FC Valence. 

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