L’excellent magazine So Foot a eu la belle et bonne idée d’aller à la pêche aux témoignages auprès des principaux acteurs du football, en passant par les joueurs, les entraîneurs, ceux qui côtoient les ba(rre)s d’immeubles, les terrains vagues ou derrière une église. Des jeunes et des moins jeunes, pour qui la vie et le plaisir riment avec une balle, et peu importe la taille et l’état, qui roule et entre constamment en contact avec nos pieds. Le football commence au plus jeune âge, l’enfance, cette période insouciante dans laquelle nous tâchons de nous réfugier à la simple vue de cet objet rond, notre désir le plus profond, celui du bonheur de jouer. Et ça se passe souvent au détour d’une rue, sur le terrain d’en face, dans les potreros, les jardins, le trottoir, derrière la grange de papi ou chez des amis. Ce premier contact est naturel, sans fioriture, sur un terrain bosselé, car cette relation ne sera jamais plate. Il y aura surtout beaucoup d’amour.

Dans ces futures lignes, les phrases et citations qui ont retenu mon attention dans ce numéro 168 de cet excellent So Foot. Des phrases simples, d’autres plus complexes. Certaines avec beaucoup de sens, d’autres dans la simple optique de partager quelques moments de bonheur. A prendre quand vous voulez, allongé au soleil sur son transat, à l’apéro avec une bonne bière, au goûter avec un pims à la framboise ou au détour d’un city ou d’un terrain improvisé. Bonne lecture à tou(te)s.

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Crédit photo: 90min

« Je le dis souvent, et ça a l’air d’une bêtise, mais le plus important dans le football, c’est ton rapport à la joie. […] L’important c’est d’éprouver du bonheur avec un ballon dans les pieds ». Neymar, nostalgique du bon vieux temps.

« La technique, tu l’apprends dans la rue. Ce que l’on m’a enseigné au centre de formation des Girondins, c’est juste la tactique. » Pascal Feinduno, le fantasque guinéen de Conakry.

« Le foot de rue, en plus d’un avantage technique, il permet un développement spontané du fair-play et de l’amour sincère du jeu. […] C’est la manière de penser qui fait le grand joueur, pas sa technique. » Christian Gourcuff, prof à la FAC de football.

« En Côte d’Ivoire, je jouais dans la rue, mais je n’ai jamais vraiment appris à jouer au football. Cette absence de formatage, c’est ce qui fait ma force encore aujourd’hui, je suis plus imprévisible ». MaxAlain Gradel.

« Pour chaque homme, c’est un passage obligé pour grandir ». Stefan Mitrovic.

« Avec les potes du quartier, ça jouait tout le temps. Il nous arrivait de faire 10-15 matches dans la journée… Le foot de rue, tu sais quand ça commence, mais pas quand tu vas t’arrêter. » Bryan Dabo.

« La rue, c’est 100% plaisir, si tu as envie de tenter un geste, tu vas le faire sans te demander si tu vas perdre le ballon. […] En Ligue 1, tu peux moins te le permettre. » Valentin Rongier, fustré.

« Dans mon quartier de Fuerte Apache, j’avais l’impression d’être à Beyrouth. On entendait des coups de feu, des cris, des pleurs, et en sortant le matin, il y avait souvent des morts sur le chemin de l’école. On ne me laissait presque jamais sortir seul dans la rue, c’était trop dangereux. Quand je le faisais, c’était pour jouer au football sur le potrero du coin. Là-bas, il fallait surtout dribbler des tessons de bouteilles et le tétanos, parce qu’on jouait pratiquement sur une décharge. » Carlos Tévez, dans un monde parallèle.

« On ne pensait pas une seconde à devenir pros, on déconnait, alors qu’aujourd’hui, les parents veulent absolument que leur fils le devienne. C’est quoi, cette manière de voir les choses? Les gens pètent les plombs. » Nassim Akrour, l’unique.

« Enfant, dans mon quartier de Madrid, je dribblais des troncs d’arbres et des vieilles dames avec leurs caddies de courses. Il n’y avait pas de lignes, pas de buts, mais les possibilités étaient infinies… » Michel, entrenador madridista.

« Je dribblais mes potes, ma mère, des chaises, des chiens, alors pourquoi n’allais-je pas en faire autant avec des pros? Enfant, je me suis toujours imaginé des situations de matches, même lorsque je n’avais pas d’adversaires en chair et en os en face de moi. […] J’étais presque inconscient. Si j’avais quatre ou cinq adversaires en face de moi, je me disais: « Ok, bah je vais les dribbler ». […] Si ça n’avait tenu qu’à moi, j’aurais dribblé tout le monde et, une fois arrivé sur la ligne de but, j’aurais fait demi-tour pour le faire encore une fois. » Ronaldinho, le magicien aux dents du bonheur.

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Crédit photo: Darwin Viaggi

« Dès que je rentre pour les vacances, je passe ma semaine au quartier à jouer avec eux (ses potes d’enfance). Qu’il fasse chaud, qu’il pleuve ou qu’il vente, ça n’a pas d’importance, nous avons la même passion: nous retrouver et revenir en enfance… » Paulo Dybala.

« Ce qui est bien dans le foot de rue, c’est que tu prends goût à voir les gens, à leur dire bonjour, à leur serrer la main. En tous cas, c’est ce que j’aimais faire avant de jouer. Tu ne vas jamais avoir un mec qui va se réveiller un jour et se dire: « Okay, je vais être pro! » Personne ne peut le savoir à l’avance. En revanche, je sais une chose: à partir du moment où tu prends plaisir avec des gens, tu vas vouloir en reprendre encore plus le lendemain. Là, je parle des gars avec moi sur le terrain, mais aussi du mec qui est là pour te regarder, qui ne souhaite pas forcément jouer mais simplement t’observer. Peut-être qu’un jour, cette personne va tellement te regarder qu’elle va vouloir jouer à son tour. Il faut que notre plaisir augmente de jour en jour pour aller tous ensemble vers le meilleur. […] la vie ne te donne rien, il faut aller vers elle pour qu’elle puisse te donner. Donc, il faut savoir s’adapter et résister à la pression extérieure tout en étant simplement soi-même pour se sentir heureux. » Wissam Ben Yedder.

« On allait chercher des caddies à Carrefour et on les retournait pour en faire des cages. Quand tu frappais dedans, ça faisait un bruit de filet métallique, ‘BAM’. Ce son-là était jouissif, ça voulait dire que t’avais marqué! » Aziz Benaaddane, directeur sportif des Ulis.

« C’est ça le vrai football: sur le bitume, tu peux montrer à tes potes que ce sont tes frères, en te faisant mal pour eux. […] Tout le quartier m’a sauté dessus en criant mon nom. C’était le but en or, on n’a pas attendu le mondial 98 pour inventer cette règle et l’appeler comme ça. » Rasoulou, la Poste 2, Le Havre.

« On prenait une brique de lait qu’on remplissait de papier pour en faire un ballon. C’était plus rectangulaire qu’autre chose mais bon… On est ensuite passé au niveau supérieur grâce à un mec qui bossait dans un garage. Il utilisait du papier adhésif pour peindre des voitures, une fois qu’il le retirait, on l’enroulait et ça donnait une balle un peu plus ronde. On priait pour qu’il ait des clients tous les jours. […] Quand tu es dans le centre de formation d’un club pro, l’inattendu n’arrive jamais, alors que dans la rue il se passe un million de trucs. […] A la maison, je ne rangeais rien pour avoir toujours des obstacles à dribbler. C’est durant l’enfance que tu apprends à maîtriser le ballon, après, ce n’est que du perfectionnement. […] L’apprentissage de la rue c’est cette situation qui arrive à un moment donné sur le terrain, tu l’as déjà vécue plein de fois dans la rue quand tu étais petit, donc tu sais comment la résoudre. C’est seulement à ce moment précis où elle se présente que tu t’en souviens. » Djalminha, do Brasil.

« Quand on vient dans mon dos, je sais toujours comment placer mes jambes ou mon cul pour protéger le ballon. Et ça, ça vient de la rue. Sur le bitume, il n’y a pas de coach pour dire comment faire, pas de faute sifflée, donc tu dois toujours être maître du ballon ». Radja Nainggolan, ninja nerazzurro (plus pour longtemps).

Ces quelques lignes nous plongent directement au royaume des chaussures trouées, des ballons improvisés, des matchs endiablés ou autres gestes démesurés. Ce football « d’en bas » qui peut mener si haut. Celui du plaisir, du jeu, de la fraternité.

Que le ballon roule sur le bitume éternellement,

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Crédit photo: Sport le 360

Piazzo,

 

 

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