Nous avons tous, je pense, une idée bien précise du football que nous voulons défendre. Une idée bien précise du football qui nous passionne, nous fait lever de notre canapé, nous procure émotions et joies intenses. Une certaine éthique du football qui nous est propre, une vision précise de ce que nous attendons d’une équipe, d’un entraîneur ou d’un club. Ce sport universel, aux méthodes multiples et controversées, rassemble et déchaîne les passions. Différentes visions peuvent s’opposer, s’imbriquer, cohabiter. En parlant de controverse, permettez moi de nous lancer sur la piste d’un entraîneur qui ne semble laisser insensible personne sur cette planète ronde comme un ballon: monsieur Marcelo Bielsa. Tantôt admiré, mis sur un piédestal, érigé en maître, tantôt décrié, critiqué et déconsidéré. Le natif de Rosario reste pourtant, contre vents et marées, fidèle à ses principes de jeu, à ses croyances. Beaucoup de témoignages permettent de comprendre l’influence qu’il a pu transmettre, et qu’il transmet toujours aujourd’hui. Un héritage propre à ce « maniaque du football », cet obsédé du jeu, ce travailleur acharné, surnommé à ce titre « El Loco », le fou. Mais être fou de quoi? De son travail, de sa passion? Et si le fou, ce n’était pas lui? Quoiqu’on en dise, Marcelo Bielsa ne laisse personne insensible, ni toi, ni eux, ni moi. Les conférences de presse de l’argentin sont un régal, un récital pour tous ceux qui aiment parler du football de l’intérieur, celui du tableau noir, des schémas de jeu, de l’approche d’une rencontre, de psychologie, de tactique, et bien d’autres encore… Cet homme est passionné, travailleur, méthodique et fidèle. Il aura inspiré et inspire un grand nombre de personnes, notamment des entraîneurs renommés. Certains joueurs passés sous ses ordres parlent d’un changement radical, d’une nouvelle vision du football et de leur métier. D’une relation particulière, étrange mais passionnante. Le genre de personne qu’on ne croise que trop peu de fois dans une vie. Une rencontre qui nous fait grandir. A travers cet article, j’aimerais sincèrement vous faire part de témoignages rendant hommage au travail et à l’abnégation d’un travailleur acharné, d’un visionnaire, d’un homme dont nous avons tant à apprendre… Mais aussi de citations et autres paroles d’El Loco, au détour d’une question furtive, d’une conférence de presse ou d’une discussion de café. Pour l’amour du football, pour le plaisir…

« Si les journées duraient plus de vingt-quatre heures, il travaillerait davantage« . Ernesto Urrea, ancien dirigeant de Guadalajara.

« Bielsa ne nous lâchait pas tant qu’on ne réussissait pas son exercice à la perfection, sauf quand le préparateur physique lui demandait d’interrompre la séance. » Pavel Pardo, ancien joueur de Guadalajara sous Bielsa.

« J’aime le football et la vidéocassette est une manière de voir ce sport. Comme je reçois des vidéos du monde entier, il me reste toujours un match à regarder« . Marcelo Bielsa.

« Après un match à l’extérieur, on pouvait arriver à 3h30 à Bilbao, et quand on revenait à l’entrainement le lendemain, lui avait déjà vu deux fois le match de la veille… » Aymeric Laporte.

« Ce que j’ai appris de Bielsa, c’est le courage de ses équipes. » Pep Guardiola.

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« Je ne suis pas d’accord avec le fait de séparer gagner et bien jouer. Il n’y a pas de chemin plus court et agréable (vers la victoire) que la beauté du jeu. » Marcelo Bielsa.

« On ne regarde pas pourquoi tu gagnes, peu importe, ils t’adulent pour avoir gagné et non parce que tu méritais de gagner, en ayant vu comment tu as construit ta victoire. J’ai toujours vu cet étendard qu’est la victoire comme une imposture. » Marcelo Bielsa.

« Dans n’importe quelle tâche, tu peux gagner ou perdre, mais l’important est la noblesse des moyens employés. C’est ça l’important. L’important, c’est le chemin emprunté, la dignité avec laquelle tu suis le chemin à la recherche de l’objectif fixé. Le reste, c’est nous vendre une réalité qui n’en est pas une. » Un entraîneur n’est pas meilleur pour ses résultats, son style, le modèle ou l’identité. Ce qui a de la valeur, c’est la profondeur du projet, les arguments qui le soutiennent, le développement de l’idée. » Marcelo Bielsa.

« C’est très difficile de quitter Bielsa. Je ne le dis pas de manière péjorative. Mais quand tu trimes avec Bielsa, tu le fais avec l’un des cinq meilleurs. Et je le dis après avoir vu le travail de la plupart des entraîneurs. Marcelo Bielsa, ce qu’il a, où il va, il le transforme. » Luis Bonini, ancien adjoint de Bielsa.

« Je meurs après chaque défaite. La semaine suivante est un enfer. Si je perds, je ne peux pas jouer avec mes filles, ni aller manger avec mes amis. C’est comme si je ne méritais pas ces joies quotidiennes. » Marcelo Bielsa, 1992.

« Avec Marcelo, je n’ai jamais terminé un entraînement sans avoir appris quelque choseEt ça, pour un joueur ça n’a pas de prix. » Javier Mascherano.

« Il passe beaucoup de temps à parler avec des intellectuels très importants ici en Argentine, il lit beaucoupIl ressemble à un philosophe. Je pense qu’il entraîne comme il vit. » Veronica Brunati, correspondante pour Marca.

« On le traite de fou, de taré, de génie, parce qu’on ne peut pas le comprendreL’être humain aime la gloire, l’argent, les éloges. Lui, non, il aime juste le football ». Luqui, ami de la famille Bielsa.

« Je me suis toujours identifié à sa philosophie, à son projet de football d’attaque, à la manière dont il voyait le jeu. A une époque, j’étais même ‘Bielsa dépendant’. Dès que je sortais ou que j’allais courir, j’écoutais des cassettes de Bielsa. Je suivais et enregistrais tous ses discours… » Jorge Sampaoli.

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« Il est le meilleur du monde, de très loin. J’argumente: il ne néglige aucun détail, il décortique toutes les dimensions d’un match, tant la partie offensive que la défensive. Il analyse les adversaires comme personne, son football est agressif, ses équipes exercent une pression sans égale, elles sont verticales, dynamiques, mais sans négliger le jeu en combinaisons, et leur proposition stylistique est la même à domicile comme à l’extérieur. Le style de ses équipes est le reflet de ce qui est travaillé à l’entraînement. » Dario Franco, entraîneur argentin.

« Le travail de récupération du ballon repose sur cinq ou six règles et ciao ! Le football offensif, lui, est infini, interminable. C’est la raison pour laquelle il est plus difficile de créer que de défendre. Courir est une décision de la volonté, créer requiert l’indispensable ingrédient du talent. » Marcelo Bielsa, lucide.

« L’influence se mesure en fonction de ceux qui se revendiquent de son football ou qui le considèrent comme un modèle […] En termes de style de jeu, on peut regrouper certains coachs. Rapprocher Guardiola et Sampaoli d’un côté, Ancelotti, Conte, Allegri de l’autre, Simeone avec Mourinho. Mais Bielsa est unique. C’est ce qui lui donne cette aura, mais qui explique aussi pourquoi il est si clivant. » Florent Toniutti, chroniqueur tactique.

« L’influence est totale car j’ai été son adjoint lors de mes débuts d’entraîneur. J’ai connu sa manière de penser, je me suis nourri de son savoir, et je lui suis reconnaissant de m’avoir donné cette opportunité. Bielsa est très généreux et enrichit les gens qui travaillent autour de lui. Ce fut une grande opportunité pour moi de travailler aux côtés d’un entraîneur comme lui, de son niveau et de son savoir […] J’ai eu la chance de vivre aux côtés d’un des meilleurs entraîneurs du monde. Avec moi, il fut comme un guide, quelqu’un qui m’a éduqué et appris à diriger. Il m’a enseigné le perfectionnisme, l’intention permanente de faire le travail au mieux, la rigueur du travail. Qu’il faut travailler honnêtement et ne pas faire de cette honnêteté seulement une image, mais la racine et l’arbre d’une profession qu’il a rendue plus digne. » Eduardo Berizzo.

« J’ai une admiration pour ce qu’il a fait dans le monde du football, le courage de ses équipes et ce, peu importe l’adversaire, où qu’ils jouent, que ce soit dans une grande équipe ou une petite, favorite ou non. Les équipes de Bielsa jouent toujours l’attaque, avec une très grande agressivité. Elles ne te laissent pas respirer, arrivent à sept dans la surface, perdent le ballon et défendent à onze. C’est une grande chance de pouvoir l’affronter. J’ai une admiration personnelle et professionnelle pour Bielsa. » Pep Guardiola. 

« D’un point de vue personnel, il m’a apporté quelque chose. Il a compris qu’il ne fallait pas me lâcher, ne pas me laisser de mou. Au final, j’y ai pris goût. Aujourd’hui, j’ai une autre façon de fonctionner » Dimitri Payet.

« En peu de temps, nous avons vu un changement inspirant dans la qualité du foot pratiqué à Elland Road. Cela a été incroyablement agréable de voir l’union au sein du club et le progrès que cela a engendré sur et en dehors du terrain. Leeds est redevenu une ville unie. Le foot est revenu. Ensemble nous sommes dévoués, déterminés et fiers. » Leeds United Supporters Trust, groupe de supporters des Peacocks.

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« J’ai vraiment apprécié notre collaboration. Bielsa vit, dort et manger ballon ! Il m’a beaucoup apporté, mais humblement, je pense que je lui ai également beaucoup donné sur le terrain, comme relais dans l’équipe, et dans le club pour décrypter certaines choses. Nous avions une relation assez forte que personne n’a peut-être soupçonnée à l’extérieur. J’ai un énorme respect pour Bielsa. Je crois que c’est réciproque. » André-Pierre Gignac.

« C’est un grand entraîneur. Je le connais et c’est une excellente personne. » Pelé.

« Je ne l’ai pas eu comme entraîneur, mais c’est une personne que j’admire pour ce qu’il a réalisé avec l’Argentine, le Chili et l’Athletic Bilbao. C’est un coach avec lequel j’aurais aimé travailler. » Lionel Messi.

« La création permanente ? C’est ce que dit très bien Bielsa. C’est pour ça que j’aime Bielsa. J’aime son discours. […] Il y a trop de gens qui sortent d’un système de formation d’entraîneurs où on apprend à dire certaines choses dans certaines conditions. Il y a aussi des entraîneurs qui doivent s’exprimer avec leur propre personnalité, avec leur propre analyse des choses et sentir ce que les joueurs ont besoin d’entendre. Il a un discours, il défend sa personnalité. Souvent, les entraîneurs sont formatés. Comme dans les écoles de politique. Tout le monde apprend à parler de la même façon. Avant un match, il faut dire telle chose. Après un match, il faut dire telle chose. Les joueurs sont habitués à entendre le même truc. Bielsa, il défend une particularité. Je suis toujours proche de ces gens-là. […] C’est bien aussi qu’il y ait des gens qui ne soient pas obligés de rentrer dans l’uniforme. » Eric Cantona.

« Au Chili, il est considéré comme un demi-dieu, non seulement pour les résultats qu’il a obtenus, mais également pour la façon dont ils ont été atteints. Ses équipes jouent un football offensif […] et ses joueurs cherchent à être maîtres du terrain et du ballon. Ils imposent leur propre jeu qui passe avant les qualités individuelles. C’est un perfectionniste qui vit et pense football 24 heures sur 24. Il n’a qu’une seule certitude : On peut toujours faire mieux et plus. Il est très exigeant. C’est un maître absolument convaincu de ses idées, de ses intuitions et de sa sensibilité.  Ses équipes sont caractérisées et harmonieuses et en les voyant jouer on comprend que l’entraîneur est Bielsa. La liaison entre les joueurs et leur positionnement sur le terrain sont soignés dans les moindres détails (toujours 11 en position active avec ou sans ballon), la transition est bonne et rapide, le rythme et les connaissances collectives sont élevées et le pressing est dévastateur. » Arrigo Sacchi.

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Nous pourrions certainement continuer tant les hommages sont nombreux à propos de cet homme. Un personnage clivant, certes, mais un véritable passionné du football, un acharné du travail et de la rigueur, ainsi qu’un insatiable amoureux du jeu. Le monde du football a la chance de compter en ses rangs de (très) grands entraîneurs et Marcelo Bielsa, que vous soyez adeptes ou non, en fait indéniablement parti.

Piazzo,

 

Crédits photos: FourFourTwo, ESPN, These Football Time, 90min & Ouest-France.

Sources bibliographiques: Marcelo Bielsa, el loco unchained de Thomas Goubin (livre) / OM 4 Ever / La Grinta / Onze Mondial / Le mystère Bielsa de Romain Laplanche (livre) / OM Officiel / France Football & Alter Infos.

 

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