En cette période spéciale, La Vista se permet de sortir des sentiers battus pour vous proposer cet entretien réalisé avec Julien Benneteau, capitaine de l’équipe de France de Fed Cup, par Philippe Rodier. Extrait du prochain ouvrage de ce dernier, sur le management sportif.

Un peu de tennis dans ce monde de foot…

Est-ce qu’un ancien joueur deviendra forcément un bon entraîneur ? C’est une question qui revient souvent quand on évoque le management sportif. Pour Julien Benneteau, ancien n°25 mondial au classement ATP (meilleur classement en 2014) et vainqueur de la Coupe Davis (en 2017), la transition s’est réalisée à merveille puisque le natif de Bourg-en-Bresse a permis à l’équipe de France féminine de remporter la 3ème Fed Cup de son histoire – en 2019, après 1997 et 2003 -, seulement une année après sa prise de fonction. La marque d’un travail bien fait et d’une ambiance sereine et positive instaurée autour de son groupe. En succédant à Yannick Noah, Julien Benneteau avait fait des retours de Caroline Garcia et d’Alizé Cornet des priorités. Ce sera finalement la première – après plus de deux années d’absence en équipe de France – qui apportera le point décisif face à l’Australie, en finale, aux côtés de Kristina Mladenovic. Pour la seconde – qui n’avait plus remporté un match de Fed Cup en simple depuis cinq ans -, à l’issue de sa victoire face à la Belgique en ½ finale, elle déclarait : « Je voyais la tendresse avec laquelle il me regardait et comment il était fier de moi. On était vraiment sur la même longueur d’onde. Il n’en fait ni trop, ni pas assez ». Quelques mois plus tard, elle ajoutera : « Cela représente le travail de tout un groupe, une solidarité, une cohésion que j’ai rarement connue auparavant. C’est en grande partie grâce à Julien qui a vraiment mis ces règles du jeu dès le début. C’est aussi grâce à nous les joueuses. On a appris de nos erreurs du passé ». Des mots qui suffisent à résumer le travail réalisé par Julien Benneteau. Depuis octobre 2019, il occupe également la position de directeur sportif pour l’équipe GameWard dans la discipline de l’esport.

Si le tennis brille en général davantage par ses compétitions individuelles, votre carrière s’inscrit surtout dans sa dimension collective à travers des victoires en double : notamment à Roland-Garros (en 2014) aux côtés d’Edouard Roger-Vasselin, et avec une finale à Wimbledon (en 2016) ainsi qu’une 5ème place mondiale dans cette même catégorie. Est-ce qu’aujourd’hui, le fait d’avoir connu cette très belle carrière en double – avec différents coéquipiers -, représente un atout pour diriger l’équipe de France ? Yannick Noah également, a eu aussi une belle carrière dans cette même catégorie.

Disons que, j’avais plus de facilité pour trouver des solutions en double, que pour moi-même en simple. Mais, après, je pense surtout qu’il s’agit d’un « ensemble », c’est-à-dire : ce n’est pas uniquement ma carrière en double qui fait que cela se passe bien aujourd’hui, mais surtout le fait d’avoir évolué au sein d’un groupe en Coupe Davis et de pouvoir m’appuyer sur l’expérience de ce que j’ai vécu à travers cette compétition.

En 2019, votre frère et ancien coach, Antoine expliquait : « Julien a deux grosses qualités, c’est son esprit d’équipe et son amour du sport au sens large ». C’est quelque chose que vous avez toujours eu en vous, ce fameux « esprit d’équipe » ? On se souvient d’ailleurs de votre émotion aux côtés de Nicolas Mahut lors de l’hymne national avant la finale de la Coupe Davis (en 2017), que vous n’avez pas disputée, signe de votre dévotion pour le collectif.

Ça, oui, je l’ai toujours eu en moi, cet esprit d’équipe. Déjà, quand j’étais en équipe de France junior, il s’agissait de quelque chose qui me tenait vraiment à cœur. Ensuite, la victoire en Coupe Davis de 1991 (durant laquelle l’équipe de France s’était imposée face à l’équipe des États-Unis emmenée par Andre Agassi, Pete Sampras, Roberto Seguso et Ken Flach, nda), m’a vraiment marqué au plus profond de moi-même. Forcément, cela a eu un impact sur la suite de ma vie et de ma carrière professionnelle.

benneteau mahut eurosport

Il paraît d’ailleurs que vous vous intéressez à tous les sports, et plus particulièrement au golf.

Oui, parce que tous les sports m’intéressent et me fascinent. En tant que spectateur, cela me permet de vivre des émotions assez incroyables. Au golf, par exemple, je trouve qu’à travers la Ryder Cup notamment, tu vas retrouver un ensemble d’émotions qui se retrouvent sublimées d’une façon qui me plaît énormément. Ensuite, la mentalité de certains joueurs et toute l’ambiance autour de cette compétition apportent un côté « magique » à cette discipline.

Cela vous sert également de source d’inspiration pour votre coaching dans le tennis ?

Oui, un petit peu, mais davantage au niveau du rugby.

Pour sa part, sur votre personne, Guy Forget allait même jusqu’à dire : « Il vit ça (le coaching) avec ses tripes, il joue avec les joueuses. Quand elles perdent, il a mal avec elles et quand elles gagnent, il pleure autant qu’elles ». Les émotions sont-elles plus importantes qu’un titre à vos yeux ?

(Il marque un temps d’arrêt) Disons que, cette « partie », c’est quelque chose que j’ai surtout ressenti et découvert à la fin de ma carrière. C’est-à-dire, une fois qu’on se pose et qu’on prend le temps de regarder un peu en arrière, on se rend compte qu’il reste principalement les « émotions », justement. Même si je n’ai pas gagné de titre en simple, je pense que j’ai vécu des émotions beaucoup plus fortes à travers ma demi-finale à Bercy (en 2017, nda) parce qu’il s’agissait d’un moment particulier de ma carrière – au sein d’une période particulière – et avec tout le contexte autour de cette compétition, le fait de jouer à domicile, la manière dont j’ai joué… les joueurs que j’ai battus (David Goffin, Jo-Wilfried Tsonga et Marin Čilić, nda), aussi. Intimement, je suis persuadé que cette demi-finale m’apporte plus de choses positives que si j’avais gagné le tournoi de Kuala Lumpur en 2013. Ça, j’en suis vraiment certain. Parce que, le plus important dans une carrière, c’est de connaître des moments très forts et très intenses. Par exemple, pour mon cas personnel : la Coupe Davis, la médaille olympique (en 2012) ou encore la victoire à Roland-Garros en double (en 2014), ce sont des moments qui restent gravés en tête. À l’arrivée – qu’on soit joueur ou entraîneur -, ce qu’il reste à la fin, ce sont les émotions qu’on a vécues. Aujourd’hui, j’ai donc la chance d’avoir un nouveau moment fort grâce à cette victoire en Fed Cup avec l’équipe de France.

Vous avez d’ailleurs déclaré à l’issue de cette victoire en Fed Cup au sujet de vos joueuses : « Individuellement, je les remercie, puisqu’elles m’ont fait vivre des émotions incroyables. Des émotions qui sont aussi hautes et aussi fortes que ce que j’ai pu connaître dans mes plus grandes victoires en tant que joueur, et que je ne pensais pas pouvoir revivre, en tout cas aussi rapidement ». Est-ce que, depuis cette position de manager, vous vous étiez préparé en vous disant que ça serait difficile de retrouver le même plaisir et la même adrénaline qu’en tant que joueur ? Vous avez quand même disputé 10 finales ATP (25ème mondial au classement ATP en 2014), ce n’est pas rien.

En vérité, je ne me suis pas orienté vers la Fed Cup ou vers cette position de capitaine pour « retrouver » des émotions, mais surtout pour aider les joueuses. C’est-à-dire, m’intéresser à elles pour leur transmettre ce que j’ai envie de partager et ce que j’estime nécessaire pour obtenir des résultats.

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À la tête de l’équipe de France justement, vous avez réussi à mobiliser tout un groupe autour d’un objectif commun. C’était ça, l’enjeu le plus crucial à ce poste : parvenir à créer une cohésion d’équipe tout en gérant les remplacements, et donc ceux qui ne jouent pas, ou moins que les autres ?

Pour moi, c’était surtout nécessaire pour parvenir à aller le plus loin possible, on pouvait parvenir à atteindre nos objectifs uniquement si on parvenait à rester ensemble. Et les filles ont complètement adhéré à cette idée-là. Elles ont laissé beaucoup de choses de côté en affichant un très grand professionnalisme. Je l’ai souvent répété d’ailleurs. Moi, je partais surtout du principe qu’on ne pouvait pas être certain de parvenir à nos fins, mais que, pour se donner une chance d’y arriver, il fallait savoir rester soudés du début jusqu’à la fin.

À son arrivée à la tête de l’équipe de France en 2012, Didier Deschamps avait déclaré : « Certains Bleus n’aiment pas ce maillot autant qu’ils le devraient ». Est-ce qu’il s’agit d’un problème que vous avez rencontré dans le tennis, cette absence « d’amour » ou de conscience vis-à-vis de ce que représente le maillot tricolore ?

Disons que, cet aspect est aussi présent effectivement, puisque chacun a son propre attachement au maillot de l’équipe de France et des raisons différentes de l’aimer. Quand tu es joueur avec un attachement très fort à ce maillot, et que d’autres jouent à ta place parce qu’ils sont meilleurs que toi au niveau technique – mais avec un attachement moins prononcé que toi -, là, ça peut devenir très difficile à vivre. Mais, malgré cela, c’est le rôle du capitaine et du staff de parvenir à conserver tout le monde mobilisé.

Votre mandat débute notamment avec le retour en sélection de Caroline Garcia après deux ans de refus. Alors que Yannick Noah avait abandonné l’idée d’obtenir son retour, vous avez pris le contre-pied en partant voir son père et entraîneur, quels mots avez-vous employé pour obtenir son retour ? De son côté, cette dernière déclare : « Je me sentais aussi prête à revenir, mais il a eu les mots justes ».

Pour être franc, je n’ai pas employé de mots particuliers. À l’époque, Caroline était la n°1 française et je ne me voyais absolument pas entamer un nouveau cycle sans elle. Moi, j’arrivais en tant que « nouveau » avec une nouvelle feuille blanche sur laquelle écrire et j’ai essayé de leur faire comprendre que je n’avais aucun antécédent avec qui que ce soit. Donc, c’était inconcevable que la n°1 française ne fasse pas partie de l’aventure. Si on voulait obtenir la meilleure chance de gagner, il fallait avoir les meilleures joueuses. Et donc, Caroline et les autres joueuses qui composent cette équipe.

Pour votre première année, vous remportez donc la Fed Cup, une compétition que l’équipe de France n’avait plus remportée depuis 2003, sous le capitanat de Guy Forget. Est-ce que vous étiez préparé à obtenir un succès aussi important, aussi rapidement ?

Pas du tout ! Et de toute façon, on ne se prépare jamais à ça. De plus, pour notre situation, on avait un tableau assez difficile, donc j’ai vraiment essayé de faire les choses comme je le ressentais – toujours en communion avec mon staff – dans l’optique de tirer le meilleur des joueuses.

Est-ce que, en tant que jeune manager, il y a une part « d’improvisation » sur l’instant ?

Pour moi, ce n’est pas vraiment de l’improvisation : il s’agit surtout d’une question d’adaptation puisqu’on essaye d’imaginer les différents scénarios et tout ce qui peut se dérouler pendant la compétition. Après, il y a forcément de l’adaptation puisqu’il faut aussi prendre en compte le niveau de forme du moment, le niveau de confiance et tout ce qui se passe en amont à l’entraînement du côté des joueuses. Là, grâce à toutes ces petites informations, j’essaye d’adapter mes choix en fonctions de ce que j’observe.

Durant votre discours d’avant les premiers simples de la finale, vous avez expliqué à Kristina Mladenovic et Caroline Garcia de prendre les émotions : c’est-à-dire, de se libérer des négatives auprès de vous, et d’exprimer les positives sans se contenir. Comment avez-vous abordé toute cette « dimension mentale », de l’entrainement jusqu’à la compétition ?

Là, je me base sur mon expérience en tant que joueur et sur mon ressenti, et sur l’expérience de mon staff et de Thierry Champion. Pour ma part, j’ai été dans un groupe qui a disputé une finale de Coupe Davis en 2010 – j’avais joué cette année, même si j’avais été blessé pour la finale -, en 2014, je joue la finale et en 2017, j’étais dans le groupe qui a préparé la finale. En 2018, je n’étais pas dans le groupe pour la finale, mais j’étais quand même dans l’équipe qui avait atteint cette finale. Donc, j’ai vécu 4 finales de Coupe Davis pour une seule victoire – certes -, mais même si je n’ai pas joué tout le temps puisqu’à l’arrivée, je n’ai disputé qu’un double que j’ai perdu, j’ai pu ressentir toute la tension que tu peux ressentir dans ce type de compétition. J’ai connu ces « moments », tout en étant dans les vestiaires. Et ça, cela m’a permis de pouvoir vivre et de pouvoir ressentir l’ambiance d’une grande compétition. Donc, depuis ma position de capitaine, j’ai surtout essayé d’anticiper ce qui pouvait se passer tout au long de la compétition pour absorber les émotions des joueuses, tout en me servant de ma propre expérience. Pour moi, c’est une partie capitale du rôle de capitaine pour que les joueuses puissent ensuite n’exprimer que des émotions positives sur le court.

Cette victoire en Fed Cup clôture ainsi une décennie compliquée pour cette équipe de France, avec plusieurs années dans le groupe mondial II et l’imbroglio autour de Caroline Garcia. Avez-vous ressenti un soulagement auprès des joueuses qui sont là depuis des années ? Alizée Cornet a même déclaré : « C’est beau de se ré-aimer »

Je pense que pour Pauline (Parmentier) et Alizée (Cornet), au regard du temps passé avec cette équipe – ou même pour Kristina (Mladenovic) qui a toujours répondu présente -, ce n’est pas un « aboutissement », mais plutôt une étape, un objectif atteint. Mais d’ailleurs, pour Caroline aussi. Si elle est revenue, avec tout ce qu’elle a vécu, c’est pour vivre ce genre de moment. Pour Fiona (Ferro), elle n’a pas joué certes, mais elle a contribué à la victoire pour sa première participation… c’est magnifique. Donc quelque part, je ne pense pas que ça soit un « soulagement », mais c’est vraiment superbe que ça arrive à ces filles-là parce qu’elles ont vraiment donné beaucoup de choses sous le maillot de l’équipe de France.

Est-ce que vous avez ressenti comme une forme de soulagement de la part des joueuses ? Ou, comme une forme de libération obtenue grâce à votre travail?

Honnêtement, je n’aurais pas la prétention d’aller jusque-là. Comme je leur ai dit à un moment donné pour leur faire comprendre un peu ma philosophie et pour marteler un peu mes arguments, même si chacune de leur côté, elles avaient déjà de très belles carrières – puisqu’elles ont toutes gagné des tournois en simple, ou même en double -, je leur souhaitais avec une sincérité totale de gagner la Coupe Davis, parce qu’il s’agit de l’émotion la plus puissante possible après une victoire dans un Grand Chelem en simple. De mon côté, à aucun moment, j’ai recherché à avoir des émotions personnelles. Et de toute façon, je pense que pour être un bon capitaine, il faut complètement savoir s’oublier et savoir s’effacer ; ce sont les joueurs ou les joueuses qui remportent les compétitions. Nous, on essaie simplement de faire en sorte que la compétition se déroule bien. En tant que capitaine, toutes les décisions que j’ai prises – et même si parfois, cela a manqué de fluidité ou que cela a été difficile pour faire comprendre certaines décisions à certaines personnes -, c’était uniquement pour atteindre cet objectif de remporter la Fed Cup.

En 2019, Alizé Cornet toujours, expliquait : « Il est franc, honnête et transparent. Souvent en équipe il y a des non-dits. Nous, les filles on se fait des films, on commence à être paranos. Je ne dis pas que cette année a été facile mais tout s’est fait avec franchise et communication. Il nous a toujours expliqué ses choix et il y a eu à chaque fois un vrai engouement parce qu’on le comprenait ». Est-ce que ces fameux « non-dits » sont les principaux ennemis d’un groupe ?

Absolument. De toute façon, la communication est un aspect primordial dans un groupe. Que ce soit entre les joueurs ou les joueuses, ou entre le staff. Le nombre de discussion que j’ai pu avoir avec mon staff entre les rencontres, cela a représenté un aspect primordial pour moi tout au long de la compétition. Et d’ailleurs, c’est peut-être ce qui m’a le plus marqué et le plus étonné cette année. J’espère vraiment que cela va continuer ainsi parce qu’il y avait vraiment beaucoup de richesse à travers nos échanges. C’était vraiment fantastique.

Tennis - Fed Cup semi final - France vs Romania

Et « franc, honnête, transparent », ce sont des qualités « requises » pour exercer votre fonction ?

C’est difficile à dire… Je pense surtout que cela dépend des personnes. Moi, je vais dire oui parce que je conçois la profession de cette façon. Mais, je pense que cela peut fonctionner pour d’autres personnes qui utilisent d’autres registres.

À la différence des tournois, en sélection, on peut perdre un match mais devoir rejouer très rapidement. Cela implique une grande résilience mentale, et une capacité à se remettre d’aplomb immédiatement. C’est ce qu’a dû faire Caroline Garcia en allant chercher la victoire en double après avoir pris une claque face à Barty. Comment gère-t-on cette situation en tant que sportif, et en tant que manager qui accompagne ce sportif ?

En vérité, cela peut avoir un effet négatif, mais aussi un effet positif. Puisque, automatiquement, tu es forcé de devoir passer à autre chose après une défaite. C’est une spécificité un peu particulière, mais avec ses effets positifs malgré tout.

Malheureusement, malgré votre victoire en Fed Cup (en 2019) et celle en Coupe Davis (en 2017, sous le capitanat de Yannick Noah), le public a souvent l’impression que le tennis français ne parvient pas à produire des joueurs capables de rivaliser avec les meilleurs joueurs du monde, qu’en pensez-vous ? Cette absence de victoire en Grand Chelem côté tricolore (la dernière remonte à Yannick Noah, à Roland-Garros, en 1983), considérez-vous cela comme un échec pour le tennis français ?

Sincèrement, je pense surtout que le grand public ne se rend pas compte de la difficulté que représente une victoire lors d’un Grand Chelem. Ensuite, il faut aussi se rendre compte de la carrière qu’on réussit à mener Jo-Wilfried (Tsonga), Richard (Gasquet), Gilles (Simon) et Gaël (Monfils). Il faut retenir également que, durant une année, on avait deux joueurs parmi les huit meilleurs joueurs mondiaux avec donc une participation aux Masters. De son côté, Jo-Wilfried accède à une finale de Grand Chelem (à l’Open d’Australie, en 2008, nda) avec une 5ème place mondiale (en 2012) ; c’est juste monstrueux comme performance. S’ils n’ont pas gagné de Grand Chelem, ce n’est pas la faute ou la faillite d’un système. Ce n’est pas non plus un échec pour le tennis français. Simplement, il y a des conjonctures qui font que cela ne s’est pas produit. Mais, cela ne se décrète pas de former un vainqueur de Grand Chelem. Ce n’est même pas le rôle du système, d’ailleurs. Son rôle, c’est de former un maximum de joueurs capables de rejoindre un certain niveau et, après, c’est à eux – les joueurs – de se prendre en main pour viser plus haut.

Comment expliquer que malgré la présence de Federer, Djokovic et Nadal, des joueurs comme Wawrinka, Murray ou encore Del Potro parviennent à remporter un Grand Chelem ? Pour son cas personnel, Andy Murray parvient à remporter Wimbledon par deux fois (2013 et 2016), avec la pression de jouer à domicile. On aurait pu espérer une victoire française à Roland-Garros, ou au moins une finale, par exemple (la dernière remonte à 1988, Henri Leconte face à Mats Wilander).

Disons que, déjà, pour Roland-Garros, c’est compliqué puisqu’il y a déjà une place réservée en finale… Alors, bien sûr que ça serait fantastique qu’un français se hisse en finale d’un tel tournoi, mais vous savez, c’est tellement difficile…

De son côté, José Mourinho expliquait : « Il y a des joueurs qui peuvent mais qui ne veulent pas. Il y en a d’autres qui veulent mais ne peuvent pas ». En 2018, dans Autopsie du sport français, vous expliquiez au sujet de Richard Gasquet : « Je pense que Richard le dit lui-même, il n’a pas forcément cet objectif-là (de gagner un tournoi majeur) ». Est-ce que le problème du tennis français se situe donc au niveau de l’envie de nos joueurs ?

Honnêtement, je ne veux pas parler à la place des autres, mais je ne pense pas qu’on fasse autant de sacrifices que ceux réalisés par certains dans le tennis français, sans cette fameuse « envie ». C’est difficile de l’extérieur de pouvoir « mesurer » l’envie d’une personne.

Au mois d’avril 2018, sur le plateau de L’Équipe TV, lorsque Estelle Denis vous interroge sur la décision de Yannick Noah de vous écarter pour la finale de la Coupe Davis, vous répondez : « Il devait faire des choix. Ce n’était pas facile à faire. Mais, il a eu raison, puisqu’on a gagné ». Est-ce que la victoire justifie « tout » ? Il paraît que vous avez pris votre non-sélection via un groupe WhatsApp, c’est un peu « limite » au regard de votre parcours sous le maillot tricolore.

Oui, après… le capitaine est là pour faire des choix, et chaque joueur doit respecter et accepter ces choix, et ce, même si on n’est pas d’accord avec. Après, il y a des manières et des timings pour annoncer les choses. Ça, c’est un aspect différent. De manière plus « globale », le résultat ne justifie pas tout, forcément. Mais aujourd’hui, on vit dans une société – et cela dépasse le cadre du sport – qui valorisera toujours le résultat au-dessus du reste. Ce n’est pas forcément ma façon de faire. Et surtout, je ne pense pas qu’on puisse construire un système viable sur la durée en procédant ainsi.

Pour revenir sur votre personne, en 2019, votre frère expliquait : « Il a vu dans la Fed Cup une belle opportunité de rester dans la compétition et surtout de transmettre ». Cette envie de « transmettre », c’est ce qui a vous a poussé à rejoindre le milieu de l’esport en tant que directeur sportif chez GameWard?

Totalement, c’est exactement ça : je veux essayer de transmettre certaines valeurs auxquelles je crois, pour voir si cela peut permettre à des joueurs de performer. Pour moi, c’est un nouveau challenge.

Aviez-vous, comme cela peut être le cas quand on est étranger à ce milieu, l’image du joueur en surpoids, très sédentarisé ?

Pas du tout, je suis très curieux de nature. Donc, je n’avais aucun préjugé. Là, je commence à rencontrer les joueurs, et j’ai de très bonnes impressions, au contraire.

En plus de votre personne, on compte désormais Yannick Agnel chez MCES en tant que directeur sportif, ou encore Mathieu Pêché chez Vitality en tant que manager sur Counter-Strike (soit, 3 médaillés olympiques) et Tony Parker chez LDLC OL, pensez-vous que la démocratisation de la discipline passera par l’arrivée progressive de grands sportifs, à votre image ? Le fait d’avoir rejoint le milieu du tennis professionnel très tôt (en 1998, à seulement 16 ans), cela peut-il vous aider pour encadrer de jeunes joueurs ?

Je l’espère en tout cas, puisque qu’il s’agit de l’un des objectifs de GameWard, à savoir apporter une forme de crédibilité à la discipline et encadrer au mieux possible les jeunes joueurs.

Au mois de novembre 2019, au micro de la Fédération française de Golf, vous expliquiez : « Maintenant que je suis à la retraite, depuis huit mois, j’essaie de progresser au golf, de me mettre un challenge, de progresser. Et même parfois, quand je me retrouve sur le parcours, j’ai des situations où je stresse beaucoup plus que quand j’étais joueur durant un match officiel devant 15 000 personnes ». Vous recherchez cette pression ou cette « adrénaline » ?

Inconsciemment, oui. J’ai besoin de cet aspect « challenge », et surtout d’avoir des objectifs.

Et, est-ce que vous avez croisé Laurent Blanc ?

Non ! Enfin, je ne crois pas…

Dernière question : si vous ne pouviez conserver qu’un seul souvenir en tête, lequel serait-ce ? Votre victoire face à Roger Federer (à Bercy, en 2009), l’enchaînement demi-finale à Bercy (en 2017) en sortant Tsonga, Goffin et Čilić avant de remporter la Coupe Davis quelques semaines plus tard, ou cette victoire en Fed Cup (2019) ?

Parmi ces trois-là, je prends la victoire en Fed Cup !

Entretien réalisé par Philippe Rodier.

Crédits photos: Fédération Française de Tennis, Eurosport, Yahoo et Votre Coach.

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