Il était temps de partager cet entretien croisé passionnant avec Thomas Goubin, journaliste et auteur de « Marcelo Bielsa, El loco unchained » aux éditions Hugo Sport (2015) et Romain Laplanche, journaliste et auteur de « Le mystère Bielsa » aux éditions Solar (2017). Un échange afin de tenter de comprendre ce fameux mystère que peut représenter l’un des entraîneurs les plus controversés du milieu. Un entretien à retrouver dans mon premier essai qui vient de paraitre, « Football de velours ». Alors, le technicien argentin est-il du côté des romantiques ? Des pragmatiques ? Où est-il simplement inclassable ? Tentative de réponse où plutôt réflexion à deux, à trois, autour d’une question pas si évidente que cela.

Quelle(s) différence(s) faites-vous, messieurs, entre un entraîneur dit pragmatique et un autre vu comme romantique ?

Thomas Goubin : Pour le premier, tous les moyens sont bons pour obtenir un résultat. Pour le second, le style importe, la manière de jouer, l’esthétisme, et le résultat n’est qu’une conséquence. L’amélioration du jeu amène le résultat. « Bien jouer pour gagner » comme dirait Raynald Denoueix. Les romantiques ne sont donc pas des rêveurs, mais des entraîneurs pour lesquels le style importe. « Soyons réalistes, exigeons l’impossible » est un slogan du Che Guevara que pourrait reprendre Marcelo Bielsa à son compte, et qui indique aussi bien que le romantisme n’est pas forcément à opposer frontalement au pragmatisme.

Romain Laplanche : On nous a toujours appris que pour étudier un sujet, il fallait d’abord en définir les termes. Or, dans le football, classer tel entraîneur de « pragmatique » ou « romantique » est, de mon point de vue, un non-sens. Simplement parce que je ne sais pas ce que ça signifie.

Le sens commun attribue à l’entraîneur « pragmatique » une volonté de ne pas avoir le ballon pour procéder en contre-attaque dès la récupération et à l’entraîneur « romantique » une volonté d’avoir le ballon, si possible avec une relance élaborée à partir du gardien avec, de surcroît, l’idée que le résultat serait secondaire. Sauf que dans le football, le « pragmatisme » a deux acceptations. La première, la plus commune : s’adapter à l’adversaire en lui laissant le ballon. Mais elle se transpose également par la micro-tactique, soit la capacité de l’entraîneur à changer ses plans (nouvelles consignes), son système, ses joueurs, en fonction des événements. Par exemple, Marcelo Bielsa, peut-être le premier auquel on pense pour la figure de l’entraîneur « romantique », s’adapte – par définition – toujours à l’adversaire en raison d’un de ses principes de jeu : le surnombre défensif (avoir un défenseur de plus que le nombre d’avants-centres adverses). Et depuis qu’il dirige Leeds United (au moment de l’écriture de cet essai, l’argentin est sur le banc des Peacocks, ndla), il ne s’est jamais autant adapté en situation de match. Bielsa (et d’autres) démontre qu’on peut avoir une identité footballistique forte tout en étant capable de s’adapter en fonction d’une situation donnée. Un entraîneur peut être dogmatique sur son idée de jeu et interventionniste sur la façon de la mener à bien. Dans ce cadre, où le classer ?  

Je ne sais pas si quelqu’un a théorisé cette dichotomie. Pour moi, le « pragmatisme » et le « romantisme » sont des notions très vagues, souvent galvaudées voire pompeuses pour exprimer le besoin de définir un football particulier où un quelconque comportement/geste serait soi-disant « beau/laid » ou plus valorisant qu’un autre. Mais là, on est plus dans la philosophie.

Est-ce qu’il y a un entraîneur « romantique » dans le football professionnel ? Même Jean-Marc Furlan qui se rapprocherait le plus de ce profil a tempéré l’image qu’on lui prête. En conférence de presse, le 21 septembre 2020, il a déclaré : « On dit ‘Furlan aime le beau jeu, Furlan aime le beau jeu’. Non. Furlan il aime gagner ». Pourtant, tout le monde connaît son attachement pour le football offensif et son cheminement requis pour obtenir la victoire. Est-ce que la volonté de « vouloir bien jouer » relève du romantisme ? Qu’est-ce que « bien jouer » ou le « beau football » ? Est-ce une question de sensibilité ou existe-t-il une définition objective de ces notions ? Si on part du principe que l’entraîneur romantique admet que la victoire n’est pas nécessairement l’objectif final, combien d’entraîneurs professionnels rentrent dans cette acceptation ? Ángel Cappa, Zdeněk Zeman… ? Je n’en suis même pas certain. Désolé de poser plus de questions que je ne vous apporte de réponses mais je ne peux pas être pertinent sans la compréhension de ces concepts.

Ce qui serait intéressant, c’est de savoir à partir de quand le football a commencé à raisonner ainsi. Si ça remonte au schisme Menotti/Bilardo ou bien avant. Aujourd’hui, si ces termes sont utilisés pour faciliter la classification des entraîneurs, cette vision binaire du jeu noie tout ce qui fait sa complexité et sa richesse. C’est faire perdre tout le sens de la nuance.

Dans son livre El juego infinito, Jorge Valdano synthétise parfaitement cette volonté de classer les entraîneurs entre « romantiques » et « pragmatiques ». Dans une ère où le vainqueur a raison, je cite : « […] les techniciens spéculateurs ont réussi à introniser le résultat en taxant de ‘romantique’ une quelconque autre prétention. » Autrement dit, c’est une notion qui n’aurait même pas été revendiquée par les aficionados du football « romantique » eux-mêmes mais par leur « opposant » en termes de courant de pensée. A mon sens, cela en dit long sur la volatilité de la notion, et ça pose un problème de crédibilité et de vérité (encore une fois si l’idée n’a pas déjà été théorisée).

Marcelo Bielsa est l’un, si ce n’est le, des entraîneurs les plus controversés dans le monde du football. Est-il possible de définir s’il fait partie du courant pragmatique ou romantique ?

T.G. : En termes de style de jeu, il fait assurément partie des romantiques. Vouloir attaquer sans cesse, quitte à se monter particulièrement vulnérable derrière, est une conception éminemment romantique du jeu. Reste que dans la préparation de ses matches, Marcelo Bielsa est particulièrement minutieux, presque scientifique, à vouloir chasser l’inconnu au prix de très longues journées de travail, même si cela n’influe pas notoirement sur la manière d’aborder les matches de son équipe. Il sait tout de l’adversaire, mais ne va pour autant pas renier ses principes pour s’adapter à celui-ci. Après, contrairement à d’autres entraîneurs dits romantiques, Bielsa laisse peu de marge de manœuvre à ses joueurs. La manière de les entraîner est ainsi souvent qualifiée de « mécanique ». Des phases de jeu très précises sont répétées jusqu’à plus soif, avec l’objectif qu’elles soient ensuite récitées en match. On est loin de l’inspiration qui guiderait un poète romantique, même si l’effort ne peut être opposé à la beauté.

R.L. : Oui, il ne fait partie d’aucun de ces « courants ». Il a plutôt sa propre école de pensée (le bielsisme, désignée depuis les années 1990) avec des codes bien définis : surnombre défensif, pressing tout terrain/de harcèlement et marquage individuel sans le ballon ; maximisation des solutions au porteur de balle, projections en nombre et utilisation maximale de la largeur du terrain avec le ballon. Le tout dans le respect des règles.

Bielsa n’est pas un romantique du football comme on peut le penser. C’est une idée reçue. Je vais à contre-courant de cette idée dans mon livre en expliquant qu’il n’envisage pas le football sans la victoire au bout. Lors de chaque match et face à n’importe qui, il ne pense qu’à la victoire. Il n’est pas dans l’épopée chevaleresque méritoire ni dans la victoire à tout prix : il veut gagner avec ses idées. C’est un compétiteur dans l’âme, raison pour laquelle il est tourmenté 24h/24. Il n’y a pas de défaite méritante. Il ne s’en satisfait jamais. Les anecdotes sur son état d’esprit post-défaite sont légions. Le football de Bielsa n’est pas romantique mais différent, marquage individuel oblige (il est le dernier à le pratiquer ou du moins à l’envisager le plus souvent).

Le seul côté « romantique » de Bielsa, c’est son aversion pour la facilité – notamment dans le choix de ses clubs – pour s’opposer à un football où l’investissement financier serait roi. Fondamentalement, Bielsa n’est pas un entraîneur romantique, ou du moins, pas selon ma définition. Son excellente biographie de référence, La Vida por el futbol (de Roman Iucht) prétend par son sous-titre (el ultimo romantico) qu’il est le dernier romantique du football. Moi, ça me dérange. Je préfère le terme « amateur ».

Le cas Bielsa nous plonge dans la réflexion suivante : potentiellement contraires, tout dépend d’ailleurs de la définition qu’on leur donne, le pragmatisme et le romantisme peuvent-ils cohabiter dans un style, dans une philosophie de jeu, de vie ?

T.G. : Oui. Marcelo Bielsa accepte d’ailleurs le cadre du football de haut niveau et arme ses équipes pour qu’elles puissent survivre dans cet environnement. Il n’est pas dans la norme, mais ne la rejette pas pour autant en bloc. Il affronte le monde. Son refus le plus radical du pragmatisme ne se situe d’ailleurs peut-être pas sur le terrain, mais sur sa manière de fonctionner en coulisses, à refuser les petits arrangements, les relations avec les agents, les jeux de séduction avec la presse, etc.

Est-ce le fait de pousser à l’extrême une vision pragmatique qui peut la rendre romantique ? Ou est-ce que cela peut en partie l’expliquer ?

T.G. : Ce qui peut rendre romantique une vision pragmatique serait plutôt la défaite, à mon avis. Ou comment n’avoir que la victoire comme but, mais échouer, vaincu par ce qui échappe à la raison (la malchance, l’inconscient, la tricherie). Comme s’il existait pour certaines équipes et certains joueurs une résistance inconsciente devant la victoire et le succès, comme si la sensibilité (par essence romantique) affleurait au moment de concrétiser, de s’inscrire dans le réel comme vainqueur.

Le potentiel côté romantique d’El Loco ne résiderait-il pas aussi dans son apport humain, des valeurs véhiculées, de l’empreinte laissée sur son passage ? « Bielsa n’est resté qu’une saison, mais le temps aura été suffisant pour montrer qu’avec des certitudes et des idées un homme est capable de bouleverser l’état d’esprit d’un groupe dans son ensemble. » Le mystère Bielsa. Chaque aventure de l’argentin est une histoire et une relation passionnelle avec les supporters. Sommes-nous au-delà du football ?

T.G. : Bielsa a tout d’un prophète dont le message, qu’il soit énoncé ou traduit sur le terrain par ses joueurs, aimante les foules. Il est d’ailleurs l’un des rares entraîneurs pour lequel le public a une influence sur sa conception du jeu, car il se donne le devoir de ne pas « sacrifier la beauté du jeu, car les pauvres ont seulement le foot pour se divertir ». Il s’adresse aux plus humbles, pas par calcul populiste, mais parce que sa morale lui enjoint de ne jamais les négliger. Les supporters en viennent alors à admirer un entraîneur, mais aussi un humaniste, qui refuse le cynisme. Allant contre nombre d’idées reçues, il provoque aussi des crispations, voire des réactions d’hostilité. Il vit son métier comme un sacerdoce, et sa passion pour son métier a aussi un impact sur des joueurs qui vont, en règle générale, livrer des prestations avec un évident supplément d’âme.

R.L. : On revient ici au caractère « amateur » évoqué précédemment. Il a une qualité sous-considérée, c’est son rapport à l’autre. Peu importe le niveau, il considère les joueurs de la même façon et avec la même approche. Tout part de « l’esprit amateur » dont il parle souvent, c’est-à-dire être passionné au quotidien par son métier, parvenir à maintenir cette flamme, ce sentiment de plaisir à l’entraînement… Pour leur rappeler constamment que le football est avant tout un jeu et qu’ils ont un devoir d’humilité. C’est le ciment de la réussite pour lui. Le joueur doit être épanoui pour être performant. Au-delà du terrain, Bielsa est aussi dans cette quête là parce que tout est lié dans la quête de la performance.

Oui, on est au-delà du football. Et c’est le seul entraîneur pour lequel c’est le cas. Il se nourrit de deux facteurs : l’adversité et la passion des supporters. Bielsa ne fait pas seulement ce métier que pour la gloire sportive parce qu’il a refusé des offres (Inter, Real Madrid, FC Porto, sélection américaine, mexicaine pour n’en citer que quelques-unes et d’autres encore qui n’ont pas été révélées publiquement) qui auraient pu lui permettre de s’y rapprocher. Pour le paraphraser, ce qui l’intéresse dans le football, ce sont « les émotions suscitées dans la lutte pour un titre difficile à obtenir ». Il aime mener des combats perdus d’avance.

Vis-à-vis des supporters, il se sent redevable de leur apporter du plaisir parce qu’il part du principe qu’ils souffrent déjà assez chaque jour pour travailler. Il considère que les plus pauvres ont seulement le foot pour se divertir et qu’il est anormal qu’on ne puisse leur offrir qu’un résultat. Le football doit être un refuge, une parenthèse enchantée dans leur vie. Quand il n’y parvient pas, il se sent coupable. Une culpabilité qui le ronge mais qui le nourrit.

Il a un stade à son nom de son vivant et pour prendre l’exemple du Chili, il est considéré là-bas comme une divinité locale. C’est une véritable figure transcendantale pour tout ce qu’il a fait pour la nation chilienne du point de vue sportif (du néant à une qualification pour la Coupe du monde 2010, la dernière datait de 1998), structurel (améliorations drastiques du centre d’entraînement) et humain (actions de solidarité, participation au Téléthon local après le tremblement de terre qui a touché le Chili en février 2010, organisations de conférences, changement de mentalité chez le joueur chilien, d’où l’émergence de cette génération qui remportera sous Sampaoli et Pizzi deux Copa América). Il a rendu une nation désœuvrée sur le plan footballistique en une nation reconnue dans le monde pour son football spectaculaire avec la reconnaissance publique de Johan Cruyff en prime. Au Chili, entre sa simplicité dans la vie de tous les jours et le football mis en place, Bielsa reste encore aujourd’hui au centre des conversations, et pas seulement pour les fans de football. Depuis son départ, la presse locale relate ses moindres faits et gestes, qu’ils soient sportifs ou associatifs. Chez les chiliens, son portrait trône à côté de la photo de famille. Il est passé de sélectionneur à idole nationale. Rappelons un détail de taille : il est argentin.

Un entraîneur peut-il devenir romantique, ou en tous cas en dégager l’image, grâce à son parcours et son vécu plus que pour sa philosophie et son approche du football ? Bielsa ne s’est-il pas construit ce cliché (romantique, pragmatique ou autre) malgré lui ? Au travers des témoignages, anecdotes, expériences professionnelles et personnelles…

T.G. : Une partie de la fascination qu’exerce Bielsa est clairement liée à son mode de vie, aux moult anecdotes générées par ses diverses expériences à travers le monde. Mais c’est effectivement bien malgré lui qu’il s’est construit une image de Don Quichotte luttant pour la beauté du jeu mais aussi attaché à une certaine austérité et affichant dans ses actes (qu’il ne cherche pas à publiciser) un attachement à la justice sociale. Si on pense à un autre personnage dont la portée des messages va bien souvent au-delà du terrain, César Luis Menotti est aussi considéré comme romantique par son discours, érudit, humaniste, mais aussi pour ses prises de position idéologiques (voir son conflit avec Bilardo), alors que ses équipes (exemple de l’Argentine 78) n’ont pas toujours réjouit le spectateur neutre. Les deux croient finalement à la possibilité d’un monde meilleur, en donnant l’exemple et en transmettant.

R.L. : Maurizio Sarri, issu du milieu ouvrier, petit banquier venu de nulle part qui entraînait à ses heures perdues – et pendant plus de 20 ans – des équipes amateures avant d’étonner l’Italie avec Empoli puis l’Europe avec Naples, est-il considéré comme un entraîneur romantique ? Difficile de l’affirmer depuis ses séjours à Chelsea et à l’ennemi juré juventino.  Je pense que Bielsa ne renvoie ni l’image d’un entraîneur romantique ou pragmatique mais celle d’un entraîneur « total ». Un entraîneur rigoriste, déterminé à gagner avec des idées claires sur le jeu et le football en général. Plus qu’un entraîneur, c’est aussi un dialecticien hors-pair. Il sait faire le pont entre le football et la vie ou le quotidien de tout un chacun. Il transcende l’appartenance à tel ou tel courant.

Est-il possible de ne pas voir d’histoire romantique entre Leeds United et Marcelo Bielsa ? Cette « romance » peut-elle servir d’exemple pour expliquer la singularité de cet entraîneur et de son influence ?

T.G. : Marcelo Bielsa a choisi Leeds car on lui a donné les moyens de travailler comme il le désire, mais aussi car c’est un club qui représente une ville modeste, souvent ostracisée, comme son équipe, et qui vivait un présent sombre. L’argentin aime les outsiders, avec qui il se propose de renverser des montagnes, au prix d’un grand sacrifice personnel (ses interminables journées de travail). Cela crée un lien sentimental entre l’entraîneur et les supporters, dont la plupart vont rapidement épouser le discours hérétique de l’entraîneur entièrement dévoué à leur équipe mais pour qui la victoire n’est pas tout. Bielsa n’a ainsi pas vu sa cote de popularité chuter quand Leeds a échoué à monter en première division lors de sa première saison. Le lien créé entre l’argentin et les fans était déjà solide.

R.L. : C’est une très belle histoire parce qu’elle nous ramène à l’histoire du club et au particularisme de Bielsa de systématiquement raviver la passion des fans au sein des clubs où il travaille. Le succès de Bielsa à Leeds United fait écho à la période la plus faste du club anglais : l’ère Don Revie (1961-1974). Une période durant laquelle un entraîneur passionné par le jeu, perfectionniste et avant-gardiste en termes de méthode de travail était parvenu à faire monter Leeds, alors terre de rugby, de la deuxième division à l’élite jusqu’à remporter le championnat en 1969 et en 1974. Le romantisme de l’histoire entre Bielsa et Leeds se trouve là, dans cette nostalgie des heures de gloire du club, avec cette capacité à bénir les foules d’un plaisir disparu. Nul doute que pour les fans de Leeds nés dans les années 50 et 60, l’arrivée de Bielsa est comme un clin d’œil du destin. Un air de déjà-vu qu’ils peuvent conter aujourd’hui à leurs petits-enfants. Ce rappel à l’histoire est cocasse, presque mystique par la similarité de l’expérience vécue. Comme si l’histoire était déjà écrite ou qu’il s’agissait d’un éternel recommencement.

« Peu importe où, contre qui, et quelle que soit l’équipe qu’il dirige, il osera toujours aller vers l’attaque » Pep Guardiola, El loco unchained. Cet allant offensif, quoiqu’il arrive, peut-il renforcer ce côté romantique ? Ce courant peut-il se retrouver à travers cette approche idéaliste du football, d’un jeu porté vers l’avant, clairement identifié, généreux et assumé ?

T.G. : Clairement. Vouloir imposer un style audacieux, à la prise de risque évidente, quelque que soit les circonstances, est une approche idéaliste, même si Bielsa impose ce style parce qu’il correspond à sa manière de voir, de sentir le football. C’est ainsi qu’il explique souvent la rigidité de ses options de jeu, car il serait incapable de transmettre des idées auxquelles il ne croit pas. Autant que par l’audace de son parti-pris footballistique, son romantisme réside d’ailleurs peut-être aussi dans cette personnalité incapable de feindre, profondément honnête, qui le conduit aussi à s’abstraire de certaines convenances sociales.

R.L. : Je ne sais pas si vouloir gagner un match de football avec une idée offensive et radicale du jeu fait de vous un entraîneur romantique ou idéaliste. Bielsa le dit lui-même : « Le football a été créé pour que l’opposition se base sur la création ». Tout enfant a commencé à jouer au football pour avoir le ballon et aller de l’avant. L’enfant fétichise le ballon pour une raison. Par nature, le football est un jeu offensif. Aujourd’hui, le football industrialisé où la victoire règne en maître tend à nous le faire oublier. Et cette conception de vouloir gagner avec une idée offensive du jeu est désormais jugée naïve voire niaise. Sauf qu’il n’y a qu’un vainqueur.

La complexité d’une définition

Cet entretien nous montre que cette notion de romantisme sur la vision que peut avoir et ressentir un entraîneur est extrêmement délicate à définir, tant son champ de compréhension et d’action est vaste. Tout comme sa perception, qui peut inéluctablement varier d’un individu à un autre, est compliquée à expliquer vis-à-vis du football et de ce qui l’entoure. C’est toute la subtilité du raisonnement adopté dans cet ouvrage : tenter de comprendre, de relever, d’analyser, d’interroger chaque compartiment de ce jeu complexe qu’est le football. L’exemple de perception ici entre nos deux interlocuteurs quant à une tentative de définition du romantisme, du pragmatisme et de tout ce qui en découle, nous prouve que la vérité n’est clairement pas identifiée voire même identifiable. C’est une ouverture, une multitude de pensées et de regards. L’objectif n’étant pas de trouver la vérité absolue, mais celle qui semble se rapprocher au plus près de notre sensibilité et de notre affectivité.

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Un grand merci à Thomas et Romain pour leur participation à cet ouvrage, à ce voyage.

Jean-Félix Juguet Piazzola, alias Piazzo.

Crédit images : Sportstons, Football League World, Eurosport.

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